C’est ainsi que les deux hommes s’attablent pour un repas qui s’annonçait misérable et se poursuit dans l’allégresse, les chants, la venaison et le bon vin. 87Ne se fiant désormais qu’à leur instinct, qui leur dit de se méfier des guerriers cruels et cupides assumant la régence, les jeunes gens se replient vers la forêt, dont une éducation véritablement chevaleresque les aurait détournés. 107Pierre Dubois semble avoir saisi le personnage de Robin des Bois dans toute sa richesse symbolique. Et en surimpression voit tomber des pantins de ferraille. Il se construit autour de la révélation d’une confiance mutuelle, la naissance d’une solidarité spontanée entre hommes qui se sont reconnus. 83Le vêtement étroitement ajusté vient aussi signifier la parfaite pénétration dans l’air, renforcée par le port du chapeau effilé. (années 80). Ivanhoé, on vient de le voir, est tout de fer vêtu. Or Walter Scott choisit le parti inverse, qu’aucun autre romancier ne pourrait se permettre : il expédie la scène en une demi-page. 47C’est donc la figure d’un Ivanhoé falot, discret, absent ou impuissant que dresse le roman de Walter Scott. Le roman de Walter Scott n’est donc pas transgressif : il est inventif. Une fois “ondoyés”, les personnages changent de nom : Jean Petit devient Petit-Jean, Will devient Will L’Ecarlate. 117Les classiques histoires de chevaliers triomphants, lointainement inspirées d’Ivanhoé, s’adressent à de jeunes lecteurs au seuil de l’adolescence, soucieux de sortir victorieux de l’épreuve qui s’ébauche. (p. 12)Pierre DUBOIS, Casterman, 1982. In. (p. 15). Elles peuvent se regrouper deux à deux selon divers critères : deux banquets dans des châteaux contre deux repas en forêt ; deux tablées marquées par la méfiance et l’hostilité contre deux autres où domine la joie de la reconnaissance mutuelle ; deux banquets qui opposent Normands et Saxons contre deux repas où émerge la figure du conciliateur. Ainsi Petit-Jean, comme Frère Tuck, doivent-ils en passer par l’eau pour entrer dans la bande de Robin, le premier à la suite d’une querelle de préséance sur un tronc jeté par-dessus la rivière, le second à cause d’une farce de Robin. C’est donc à une construction très rigoureuse jusque dans sa symétrie que se livre Walter Scott. Le chevalier étincelant est ainsi un jeune homme tendre, attentionné, responsable et modeste ; il ne répugne pas à faire la cuisine et prend soin de ramasser les chiffons souillés abandonnés par ses collègues, après le fourbissage des armures. En face du chevalier adulte, caparaçonné de fer, se dresse le svelte Robin des Bois, fragile et nu. (Michel Pastoureau, Médiévales, n°7, automne 1984, p. 29), Dans mon enfance, à 10-12 ans, j’ai été passionné par Ivanhoé et Robin des Bois au cinéma. Ivanhoé incarne donc dans ce roman la “troisième voie”, entre la brutalité d’une chevalerie orgueilleuse et l’esprit dangereusement frondeur des outlaws. 82Cette animalité est véritablement constitutive de la figure de Robin des Bois, comme le révèlent d’ailleurs certaines particularités de son costume, dont on n’a examiné jusqu’ici que la couleur. Il n’y avait pas de place pour un troisième chevalier, mais bien pour son antithèse. Il faut du temps pour qu’apparaisse dans la tradition livresque une figure cohérente et signifiante de Robin des Bois, qui puisse se poser, sinon en rival, du moins en égal d’Ivanhoé. Messire Fred avoue sa peur du noir à Dame Gwendolyn, ce qui ne fait qu’accroître l’amour de celle-ci : “Alors, tu es encore plus courageux que je le croyais, dit Dame Gwendolyn en se jetant dans ses bras, puisque tu es quand même venu au rendez-vous !”“Et toi, dit Messire Fred, tu es aussi courageuse que gracieuse puisque tu as voulu me protéger !”Et il l’embrassa tendrement. 10Car le succès d’Ivanhoé, en définitive, semble reposer sur la disponibilité du texte à se saisir par morceaux, clairement identifiables, isolables au point d’avoir donné naissance à des topoï. Il y avait quatre banquets chez Scott, ici ils sont innombrables : banqueter est un art de vivre à Sherwood. Dès les titres, la peur du danger semble une caractéristique essentielle de ces anti-héros : Courage, Trouillard, Le Chevalier qui avait peur du noir. Tout en accroissant son humanité, cette faiblesse constitue la forme moderne de son héroïsme, non pas celui d’un être que la merveille élève au-dessus du commun, mais l’héroïsme d’un homme ordinaire, humble, fragile, vulnérable. Rien que de très logique en définitive. 65Mais l’ancrage du personnage de Robin Hood dans l’imaginaire anglo-saxon n’est pas simple affaire d’histoire littéraire. Il vit avec l’aisance du vent et la gaieté des sources. Tyril a comme adjuvant un petit dragon vert accroché à son dos. La Chute est le roman grinçant de l’après-héroïsme. Délaissant le gibier et les faisans auxquels il empruntait la plume de son chapeau, abandonnant les frondaisons, le vieillard épuisé qu’est devenu Robin se tourne vers la terre, les insectes, les arbrisseaux plus à la mesure de sa nouvelle apparence. Les convives en effet pénètreront un à un dans la pièce, du maître des lieux à Ivanhoé incognito. Or ces fragments recoupent très exactement la liste des topoï narratifs dégagés de l’étude des romans historiques contemporains. Aucun chevalier de roman ne parviendra jamais à éclipser la gloire d’Ivanhoé parce qu’il est l’inventeur de l’arme même qui les fait héros : l’armure protectrice capable de transformer l’enfant solitaire et fragile en adulte invincible. En cela, il est l’héritier du modèle médiéval du chevalier errant. Le dais aristocratique qui protégeait le maître de maison est ici remplacé par un chêne majestueux sous les frondaisons duquel le roi réunit sa cour de proscrits. Attabler ensemble tous les protagonistes permet à Scott de rendre immédiatement lisibles les relations de pouvoir et de connivence, les solidarités spontanées, ainsi que la lutte sourde entre deux ordres sociaux. À partir du xvie siècle, le public des aventures de Robin des Bois n’est plus seulement populaire,l’aristocratie s’y intéresse aussi, ce qui explique le glissement social du personnage dans certaines versions6. Le Chevalier Noir se dépouille de son heaume et des autres pièces de son armure et révèle ainsi, en même temps que sa confiance, ses véritables traits. Peut-être en effet faudrait-il s’arrêter sur quelques-uns de ces personnages secondaires. Par auteurs, Par personnes citées, Par mots clés, Par géographique, Par dossiers. On mange de la viande sauvage, braconnée, cuite rapidement sur des feux de fortune — tout l’inverse de l’artifice des repas seigneuriaux. Héros de ballades médiévales, il réapparaît dans le paysage littéraire à travers le personnage de Locksley introduit par Scott dans Ivanhoé. Il n’est pas pour lui question de se dissimuler dans la forêt, mais bien au contraire de proclamer ouvertement son héroïsme par le port de couleur. Le banquet de noces n’est pas suivi de la nuit de noces, les jeunes gens réfugiés à Sherwood sont condamnés à se contenter de satisfactions orales. 3L’héroïsme de ce Moyen Âge-pays n’est cependant pas l’apanage de la seule chevalerie. Mais ses efforts pour réunir ses anciens compagnons le mènent de désillusion en désillusion : Tuck est devenu un ecclésiastique bouffi et paresseux ; Allan-a-Dale, trouvère de renom, est un vieux fat égocentrique et frivole ; les autres sont morts. Certes, il possède déjà certains des attributs qui figeront son image dans les décennies à venir : le chaperon, le collant, le petit chapeau orné d’une plume, l’arc. Mais dans les versions d’Ivanhoé destinées aux enfants, il apparaît nettement que le texte originel de Walter Scott a eu moins d’influence sur les adaptateurs que les images accumulées par la culture populaire, qu’elles aient été produites par des romans, des films, des séries télévisées, des bandes dessinées… Walter Scott connaît une désolante postérité. Plus tard, enfin échappé de la forteresse grâce à l’intervention des outlaws et de Richard, il est condamné par son souverain à la convalescence, dans un couvent : autre lieu de réclusion et de mise à l’écart du premier plan héroïque. 52. Elle n’est plus ici une protection inexpugnable pour celui qui la voit de l’extérieur, mais, alors même qu’elle est démantibulée, une geôle effrayante pour celui qui la vit de l’intérieur. En effet, à côté des romans historiques à proprement parler, un petit nombre d’ouvrages, qu’on pourrait à première vue qualifier de fantaisistes, évoquent le Moyen Âge de manière totalement dérisoire, tournant en ridicule la prestigieuse figure du chevalier, et réutilisant de manière burlesque les poncifs du récit héroïque traditionnel. ROY, Histoire des Templiers, Tours, Marne, Bibliothèque de la jeunesse chrétienne, 1848. 2Le travail d’adaptation, fondamentalement différent de celui qui s’imposait dans le cas de littérature arthurienne, consiste davantage en réductions, altérations, filtrages destinés à surmonter les difficultés liées pour le jeune lecteur à l’ancienneté du texte. 75Cette lenteur de l’édition enfantine à assimiler le personnage témoigne d’une difficulté à accueillir un héros perçu sans doute comme une menace : le bandit ne risquait-il pas de faire de l’ombre au chevalier ? Puis c’est à la poterne elle-même qu’il s’attaque, toujours à la hache. J’ai beau chercher, rien ne le signale autrement. 31Le château, lieu symbolique du pouvoir chevaleresque, est occupé par Jean et ses sbires ; quant aux individus loyaux, ils se sont repliés dans la forêt, d’où se déploie l’action. 126Comme en témoigne ce dernier exemple, les attributs féminins sont eux aussi réévalués par ces récits parodiques. Colin Me NAUGHTON, Le Roi Éric le naïf, 1982. Le comte d'Essex est l'un des loyaux seigneurs du roi Richard Ier. Il étouffait, et on lui ingurgitait une pleine cruche de liquide. À l’image de leurs petits lecteurs, ces personnages sont dépourvus de l’esprit de sérieux qui dominera le reste de la production romanesque moyenâgeuse. De sorte qu’ils incarnent finalement tous deux l’alternative de la filiation. Alors que les autres versions insistaient sur le bonheur infantile de Sherwood-première période, Pierre Dubois invente ici une forêt inhospitalière et cruelle. en 1949 (ill. VIII à X). 11 François DE LA BRETEQUE, “Robin des Bois, ou comment une geste s’installe dans l’enfance”, dans “Le Moyen Âge au cinéma”, Cahiers de la cinémathèque, n° 42-43, été 1985, pp-71-80. Green Man, créature mi-humaine mi-végétale, inspire l’iconographie des premier siècles chrétiens et du haut Moyen Âge. (p. 1). À quoi tient donc cette fascinante popularité ? Les deux places d’honneur étaient au milieu de la table, on les rejette aux deux extrémités, de manière à adopter une disposition plus conforme aux stéréotypes actuels. Au point que l’ermite de Copmanhurst, comme il prétend se nommer, feint de se souvenir de l’existence de provisions, déposées là par un forestier bienveillant, mais auxquelles les règles de son ordre lui interdisent de toucher. Une saine odeur végétale montait des grands bois… (p. 19)Adaptation P.L. Taille : 45T . Arrive un chevalier fourbu ; visiblement blessé, il chevauche une monture épuisée. Dans dâautres, irrésistiblement attiré par la liberté et la joie de son existence sylvestre, il retourne à Sherwood â mais câest pour y mourir. Dans d’autres, irrésistiblement attiré par la liberté et la joie de son existence sylvestre, il retourne à Sherwood — mais c’est pour y mourir. Quant à Éric, il ne voit même pas les princesses délivrées qui voudraient se jeter dans les bras de leur libérateur. Certes, Robin et ses compagnons protègent les pauvres contre les exactions des puissants, et les incitent à se soulever. 52Ainsi Richard Cœur-de-Lion, qui reste anonyme pendant la plus grande partie du roman, se caractérise-t-il ici par le seul port de son armure. 70Visiblement, ni l’influence certaine exercée par le film de Michael Curtiz, première production en technicolor de la Warner, ni le souci de réalisme, incitant à attribuer à Robin une tenue propre au camouflage, ne parviennent à convaincre les illustrateurs de ces années 1930 et 1940. Selon les versions, Robin se déguise ainsi en mendiant pour sauver trois jeunes chevaliers, puis en chevalier pour rencontrer Marianne (Mame, 1937), en ermite pour aborder deux moines gras et cupides, en vieillard pour participer au concours de tir (Gédalge, 1929), en boucher pour s’introduire en ville (Hier et Aujourd’hui, 1946), en vannier pour connaître le montant de sa propre mise à prix, en vieille femme pour échapper aux hommes du shériff (Hier et Aujourd’hui, 1946), en paysan livreur de bois pour faire évader Will Scarlet, en bourreau pour effrayer Guy de Gisborne (G.P., 1949), en potier pour s’inviter chez le shériff (G.P., 1950), en bûcheron pour prendre des nouvelles de David Lamb (G.P., 1950), en domestique pour distribuer les richesses du shériff (Hachette, 1953), en moine pour arracher Will aux mains du bourreau… Robin manifeste ici une plasticité qui lui fait passer les frontières, tant sociales que sexuelles. Portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales, http://books.openedition.org/pur/docannexe/image/40855/img-1.jpg, http://books.openedition.org/pur/docannexe/image/40855/img-2.jpg, http://books.openedition.org/pur/docannexe/image/40855/img-3.jpg, http://books.openedition.org/pur/docannexe/image/40855/img-4.jpg, http://books.openedition.org/pur/docannexe/image/40855/img-5.jpg, http://books.openedition.org/pur/docannexe/image/40855/img-6.jpg, http://books.openedition.org/pur/docannexe/image/40855/img-7.jpg, http://books.openedition.org/pur/docannexe/image/40855/img-8.jpg, http://books.openedition.org/pur/docannexe/image/40855/img-9.jpg, http://books.openedition.org/pur/docannexe/image/40855/img-10.jpg, http://books.openedition.org/pur/docannexe/image/40855/img-11.jpg, http://books.openedition.org/pur/docannexe/image/40855/img-12.jpg, Suggérer l'acquisition à votre bibliothèque. Ce personnage, qui symbolise le cycle naturel de renaissance de la nature, porte le nom de Jack-in-the-green. Robin, au contraire d’Ivanhoé, ne suit pas la voie paternelle : et pour cause, le père a déserté. Les illustrateurs ajoutent au rouge de l’héroïsme le vert de la forêt, et font ainsi de Robin un être chamarré encore bien loin de l’invisibilté proverbiale des outlaws. Le soin qu’il apporte à la construction de chacun des épisodes, la place cruciale qu’il leur accorde dans l’économie du récit, font de ces deux grands moments les piliers véritables du roman ; Richard Thorpe s’en souviendra pour son scénario. Le mince héros juvénile, tout en légèreté et en nudité, en même temps qu’il célèbre la désinvolture joyeuse de la camaraderie enfantine, révèle les dangers de la régression. Enfin Ivanhoé, parangon de toutes les vertus, est à la fois la synthèse parfaite et le contrepoids à ces deux pouvoirs : vaillant tout autant que Bois-Guilbert, il n’a pas hésité à suivre son roi dans le péril des croisades ; rebelle tout autant que Locksley, il a su quitter son père et abandonner son héritage parce qu’il considérait les exigences paternelles comme iniques. Mais le dernier chapitre s’ouvre sur un Robin réconcilié. Pour les romans du Moyen Âge en effet, la chevalerie était un ordre où prévalaient des valeurs morales et spirituelles, le combat armé n’étant qu’une des manières de remplir l’office prestigieux auquel leur vœu destinait les chevaliers. Pour ces chevaliers-enfants, l’important est moins dans le face-à-face destructeur avec l’autre que dans la capacité à établir des relations harmonieuses avec cet autre dont on ne fait que découvrir la différence. Les films de Douglas Fairbanks en 1922, et de Michael Curtis en 1938, font émerger une image de Robin des Bois qui s’impose peu à peu à tous les romanciers, mais ne parvient cependant pas à gommer les divergences d’une version à l’autre. Ils n’ont pas de goût pour l’aventure, parce qu’ils n’en ont pas l’âge. 102C’est sans doute le second livre de Pierre Dubois, La Chute de Robin des Bois, qui permet le mieux de sentir l’impasse que représente ce retour à Sherwood. 7 Voir les récits concernant Cartouche et Mandrin dans la littérature de colportage au xixe siècle. Elle seule peut désigner Robin comme le héros superlatif des aventures proposées dans le livre. C’est ainsi que Courage, Trouillard s’ouvre sur l’image du jeune écuyer paisiblement occupé à astiquer les pièces désarticulées de l’armure de son maître. L'histoire commence en 1194. Il y a donc lieu de se pencher sur cette attitude quasi paternelle que Richard Cœur-de-Lion déploie à l’égard d’Ivanhoé. Tous ces jeunes héros au contraire établissent un pacte non-agressif avec les dragons. authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books. Mais une nouvelle fois, c’est Tony Ross et Barbara Shook-Hazen (ill. XIX) qui se révèlent les plus inventifs, à travers cette merveilleuse trouvaille : Il avait peur du noir de la nuit, du noir en haut de l’escalier de pierre, du noir sous son grand lit de cuivre, du noir entre le trou pour la tête et le trou pour les bras lorsqu’il enfilait son armure. 6 Anonyme, George a Green, the Pinner of Wakefield, xvie siècle ; Ben JONSON, The Sad Shepherd, 1641 ; Leonard Mc NELLY, A Comic Opera, 1784. De Locksley il sera peu question pour l’instant. Pire : le repas semble ici un traquenard dressé pour piéger les invités saxons eux-mêmes, en se gaussant de leur ignorance des bonnes manières. Son fidèle chevalier, Ivanhoé, part alors à sa recherche et retrouve sa trace en Autriche où le souverain est retenu captif par le redoutable duc Léopold. 36On vient de voir à quel point le banquet d’ouverture, chez Cédric le Saxon, constituait une scène à la théâtralité appuyée, capitale pour la suite du déroulement narratif. Pour ma part, c’était aussi Ivanhoé le grand coupable (à mon époque, dans les années 60, il y avait même un feuilleton télévisé et une bonne part de la classe jouait à Ivanhoé en cours de récréation ; je jouais l’écuyer). Les personnages ont vieilli ; mais surtout ils se sont aigris. Rigoureusement construit, il met en place des scènes et des réseaux de signification si puissants qu’ils ne pourront s’effacer des consciences, au point qu’on puisse y voir la source de bien des stéréotypes retrouvés dans les piètres romans moyenâgeux contemporains. Pauvre Chevalier, sur le point d’épouser la princesse Fleur, semble pour le moins dubitatif. Commensalité forcée, que les malheureux hôtes vivent comme une humiliation. 99Seul le retour du père, en la personne de Richard Cœur-de-Lion, rend possible l’accession de cette bande de jeunes hommes à la maturité : - Sire, répondit le jeune homme, le comte de Huntingdon se permettra de solliciter de son souverain une grâce que Robin n’aurait jamais osé demander.- Et quoi donc ? Ses ouvrages valent à Walter Scott une célébrité universelle et exercent alors une profonde influence sur les écrivains romantiques. Richard abandonne ceux dont il a la charge, alors qu’ils sont encore visiblement immatures, et incapables de se défendre des appétits voraces du régent. 56Puis le templier est éclipsé par le mystérieux Chevalier Déshérité, vaillant combattant anonyme dont tout ce qu’on voit, pendant plusieurs chapitres, se limite justement à son armure. C’est donc son caractère fondateur qu’il va s’agir d’envisager ici. Bois-Guilbert décide immédiatement de pendre Ivanhoé pour empêcher les archers de Robin des Bois d'attaquer. Impossible de ne pas faire le lien avec le Green Man, figure mythique extrêmement populaire dans le monde anglo-saxon et renvoyant probablement, si l’on en croit notamment Frazer8, à un imaginaire pré-chrétien commun à toute l’Europe. 23Walter Scott clôt ainsi sa série de banquets sur une note réjouissante. Loin du caractère immatériel qu’affectent les chevaliers arthuriens, Ivanhoé est un être faillible. Certes, on retrouve dans ces versions pour enfants la succession originelle des péripéties ; mais chacune est réduite à sa fonction dénotative. 40Ce premier paradoxe se double d’un second : malgré la médiocrité manifeste des adaptations romanesques, Ivanhoé est le plus connu de tous les chevaliers jamais imaginés par un romancier. À travers ces trois repas successifs, Scott dresse la carte de son royaume de fiction et révèle sa préférence pour la forêt où se sont réfugiées les forces les plus loyales et les plus vaillantes du pays. Cet usage du rouge suppose un Robin encore mal connu du public, auquel il faut donc signifier la dimension héroïque par un usage consensuel du marquage chromatique. Aidé par son allié, Robin des Bois, le courageux cavalier va tout mettre en Åuvre pour libérer son roi. La peur, la honte, la rage l’empêchaient d’avaler une bouchée, mais la même peur l’obligeait à s’empiffrer sans discussion de tout ce qu’on lui présentait, dans la crainte d’y être invité d’une façon moins aimable. Au 19ème siècle, grâce à la plume de Walter Scott, qui le plaça son roman Ivanhoé (1819), Robin des Bois fut mondialement popularisé. Non seulement le shérif doit laisser l’intégralité des richesse qu’il transporte, mais il se défait aussi de ses vêtements, et c’est ligoté à l’envers sur son cheval qu’il regagne Nottingham, sous les quolibets. Ces trop jeunes héros ne savent pas y faire avec les femmes ! L’échelonnage des éditions enfantines témoigne d’ailleurs de la force d’attraction exercée par ces versions filmiques. Jost, illustré par Wurth et publié sans nom d’éditeur ni date, mais qui s’inspire aussi très étroitement des images du film ; celui des éditions Hier et Aujourd’hui en 1946 ; celui que Calvo illustre pour les éditions G.P. Les Saxons, pris en flagrant délit de gloutonnerie, révèlent leur manque de finesse, tandis que les Normands ont la piètre allure de courtisans serviles. Très loin de la logique destructrice à l’œuvre dans l’ensemble du corpus, ces récits de l’alliance avec le dragon trahissent cet état d’indifférenciation dans lequel baignent, avec les héros, les très jeunes lecteurs de ces récits. Son fidèle chevalier, Ivanhoé, part alors à sa recherche et retrouve sa trace en Autriche où le souverain est retenu captif par le redoutable duc Léopold. Les effets d’analepse et de suspense inventés par Scott, trop lents pour le cinéma, sont supprimés. L’atmosphère est détendue, joyeuse, les homme se confient sans défiance à celui qu’ils accueillent en égal malgré son prestige. 101Quelques romans mènent le récit au-delà du retour de Richard. Il y a huit siècles de cela, au commencement de la légende, Robin des Bois More information about this seller In-4 non paginé; album cartonné illustré de l'éditeur. On voit mal comment il pourrait triompher de l’arrogant Bois-Guilbert. Revenu enfin chez lui après de pénibles aventures, Trouillard retrouve avec bonheur son existence paisible et s’empresse de faire disparaître les traces de son expérience éprouvante (ill. XX) : Trouillard et sa femme enterrèrent les armes au fond du jardin. Puis, devant la gloire montante de Lord Byron, il se tourne vers le roman écossais, marqué par le succès de Waverley, avant d’évoluer vers le roman historique, où il brille notamment avec Ivanhoé et Quentin Durward. Télécharger le document Ivanhoé de Scott. Il faut attendre les albums des années 1960 pour voir attribuer une signification autonome au vert de l’habit de Robin. Privé de cette prédisposition à l’exploit et à la merveille dont jouissaient les chevaliers arthuriens, il est moderne dans sa solitude et sa fragilité, qui suggèrent une possible identification du jeune lecteur. (p. 124). […] Des chaises et des fauteuils massifs, en chêne sculpté, meublaient le dais ; au-dessus de ces sièges et de la haute table flottait un poêle de drap, ce qui mettait jusqu’à un certain point les convives assis à cette place privilégiée à l’abri des intempéries de l’air, et surtout de la pluie. En effet, si Ivanhoé fait un peu pâle figure dans cette scène où éclate son impuissance, la figure du Chevalier Noir prend en revanche un relief considérable au cours de l’attaque de Torquilstone, au point d’en constituer le personnage principal. Dans un troisième temps, ce Chevalier Déshérité laisse à son tour la place à un autre cavalier bardé de fer, le Chevalier Noir — pour revenir enfin triompher dans le dernier chapitre. Il ne parvient à vaincre Bois-Guilbert qu’aidé par la Providence, avant d’être lui-même déséquilibré. Quant à Robin des Bois, le récit est l’occasion, unique, d’une variation romanesque sur l’alternative. Type : Disque - Histoire racontée. Il semble que la popularité du personnage de Robin des Bois en France ait pour origine ces deux volumes du grand romancier. Quelle portée peuvent donc avoir des textes parodiant un genre narratif mal maîtrisé, voire inconnu du public auquel ils s’adressent ? Sa physionomie, dès sa première apparition, trahissait son caractère emporté, son éloignement de la modération dont au contraire Ivanhoé allait faire preuve tout au long du récit. Le banquet sylvestre qui suit reprend comme en négatif le repas initial chez Cédric le Saxon : Ce fut au pied d’un grand chêne qu’on servit à la hâte un repas champêtre pour le roi d’Angleterre, au milieu des hommes proscrits par son gouvernement et qui composaient à présent sa cour et sa garde d’honneur. C’est donc un chevalier très complet que Scott compose ainsi par petites touches, au cours de cette longue scène de tournoi. (p. 169). La fin pacifiée du roman ramène pourtant le lecteur à de bienheureuses certitudes : Robin, le vrai, n’est pas mort ainsi. 34Scott lègue ainsi à la postérité un roman d’une grande richesse. Rien pourtant qui préfigure l’ampleur des rééditions contemporaines d’un texte resté difficile d’accès. La forêt est ici nourricière : Leur subsistance était assurée par le gibier qui pullulait dans la forêt, cerfs, daims, biches, chevreuils et lapins qu’ils faisaient rôtir et dévoraient avec un appétit qu’excitait la vie au grand air. Non contents de se vêtir de vert, pour faire honneur à leur refuge et pour mieux s’y cacher, les outlaws menés par Robin vont se faire une spécialité de la dissimulation. Les outlaws sont loyaux, et s’inclinent humblement dès que Richard révèle son identité. 42Un autre trait constitutif du héros contribue à le distinguer radicalement du chevalier arthurien : son refus du merveilleux. Par la suite, Ivanhoé triomphe de Bois-Guilbert au fameux “tournoi d’Ashby” — toujours incognito, avec l’aide d’un “mystérieux Chevalier Noir”. D’autant que la prise de nourriture est ici agrémentée d’une rançon. Tous deux, le chevalier bardé de fer et le lutin juvénile, proposent à lâenfant des lectures convergentes sur la nécessité de grandir, de choisir la âvoie du pèreâ, et de sortir ⦠Ces morris dances profiteront du renouveau folkloriste du xixe siècle. La seconde journée du tournoi d’Ashby n’est pas moins minutieusement évoquée. Dans le quart environ de la longueur de cette salle le sol était exhaussé d’un degré, et cet espace, qu’on nommait le dais, était réservé aux principaux membres de la famille et aux hôtes de marque. DGngue démesurée, elle est aussi peu adaptée au héros qu’au chat ridicule qui s’est affublé du heaume délaissé. Ainsi Ivanhoé, le bon fils, suit-il Richard en croisade, de même qu’il le suit symboliquement sur la voie de la chevalerie. Avec l’incendie du château de Torquilstone, c’est bien elle qui triomphe du château et de ses possesseurs. Il est fatigué : à sa première apparition, dans la forêt, il semble assoupi auprès d’une croix, se reposant d’une longue marche. C’est là qu’assis au creux des racines il somnole, dodelinant sa vieille tignasse blanchie jusqu’au soir.